





« Twenty-five angels, dust & bleach » by Ugo Casubolo Ferro at Ithaque Gallery, October 9 – November 8, 2025 par Michel Poivert
Ugo Casubolo Ferro m’est apparu dès notre première rencontre comme un personnage tout droit sorti d’un film de Pasolini. Mais, à vrai dire, j’avais déjà vu, sans le connaître, quelques-unes de ses œuvres accrochées aux murs de l’École des Beaux à Paris. J’ai sans difficulté superposé l’impression que m’a faite le personnage et celles qu’ont produites sur moi ses premières œuvres : il y avait là une sourde fougue. Nous avons beaucoup parlé de la lumière, de phénoménologie, c’est peut-être le philosophe que j’avais devant moi à cet instant, alors que me revenait en mémoire tout ce que Valérie Jouve m’avait dit de lui : sa passion du tirage, l’aide qu’il lui avait fournie lors de son exposition, j’ai appris qu’il était également proche de mon ami photographe et tireur Payram. Bref, l’étrangeté que dégageait Ugo Casubolo Ferro m’était familière.
Jusqu’à présent, son image la plus montrée est celle, en grand format et en noir et blanc, d’une jeune femme, cheveux au vent, accoudée à un arbre dans une position résignée. À son cou, un collier enfantin où des lettres se détachent pour former le mot « bitch ». Ce sens de la tragédie muette s’impose comme une évidence. Dans la matière du tirage, Ugo Casubolo Ferro use de la métaphore en acte. D’autres de ses images s’animent de personnages formant peu à peu une communauté errante, avançant vers un destin dont on devine qu’il laissera des traces.
La matière est omniprésente dans le travail d’Ugo Casubolo Ferro, on le sait habile au tirage, chantre de l’analogique peut-être, ivre de baigner ses mains dans les sels d’argent et les pigments de charbon, mais aussi, plus récemment, attiré on ne peut plus physiquement par l’art de l’empreinte sur minéral. Comme si le papier ne suffisait plus à raconter, désormais ce sont les pierres qui ont la parole. Ces « transferts sur béton » seront donc les premières briques qui formeront l’habitacle du peuple qu’il a fait naître.
Mais que nous montrent-elles ? Il s’agit de héros - je vois Saint-Georges terrassant le dragon, comme des fragments de fresques arrachés à une chapelle recouverte par les Primitifs. Et voilà la Vierge... Et soudain me reviennent à l’esprit ces passages du Decameron, lorsque Pasolini, le front ceint d’un ruban blanc, presque fou, s’est mis à jouer le rôle d’un élève de Giotto.
Ugo Casubolo Ferro vous fera peut-être, lui et ses œuvres, comme à moi, cette même impression d’être en présence de ceux qui cherchent à percer un mystère.
Michel Poivert, Art critic & Professor of art history, Université Paris I Panthéon-Sorbonne


August 17th, Angelino Heights par Carla Floccari
Tu travailles là où je porte le regard. Vers la surface photosensible qui recueille le gris d’une vache et le gris d’un arbre. Sur la surface de bétons qui accueillent par ton geste la gravure d’une main d’un autre. Dans la surface d’un négatif gratté aussi par mon désir de faire apparaître. Parce qu’elles sont des surfaces sensibles et intimes, je demande à investir tes œuvres.
De ce qui résiste à l’élan de mon œil naissent tes images.
In the Angelino Heights apartment, the works displace by deferring. There, I expand within the irregularities of the concrete and the softness of dawn. I stand within this dialogue. Something speaks to me of beauty.
Tu n’arraches pas la photographie au temps. Il n’est ni vécu ni possible puisqu’il est devant moi une grande action de lumière. L’image me résiste. C’est aussi je crois ce que la photographie à la chambre exige de moi.
Tes œuvres me parlent de la manière dont je les regarde. Les signes que je connais qui sont la forme des cheveux et la couleur des baskets je les vois regarder ce que tes bétons mettent en présence des gravures italiennes qui m’avaient fait connaître le détail et le mouvement. Je rencontre le monde pleine de la très grande foi qu’il y a à me tenir dans un lieu devenu tes images.
Carla Floccari, auteure









